Bulletin de Noël 2018

Mona Chollet, Sorcières, Zones, Paris, 2018, 229 p., CHF 29.40

Après ses ouvrages Beauté fatale et Chez soi, Mona Chollet revient avec un ouvrage passionnant autour de la figure de la sorcière. Quelles traces ont laissé les chasses aux sorcières de la Renaissance jusqu’à nos jours ? Les femmes persécutées alors ne sont-elles pas les mêmes culpabilisées et continuellement remises en cause aujourd’hui ? L’auteure revient sur trois types de magiciennes : la femme célibataire, la femme sans enfant et la femme âgée. Dans une écriture claire et très personnelle, Mona Chollet n’hésite pas à parler de ses propres expériences dans ses livres, la journaliste du Monde diplomatique promène lecteur et lectrice à travers les âges, du Moyen Âge à nos jours, et nous montre comment ces événements datant de plusieurs siècles influencent encore et toujours le quotidien des femmes en Occident, les maintenant dans la soumission. Indice : le dénominateur commun de ces persécutions pourrait bien être… l’indépendance et l’autonomie des femmes, quelles qu’elles soient. À lire de toute urgence donc, pour avoir des bons arguments aux repas de famille, pour se donner du courage, pour apprendre un peu d’histoire et surtout pour s’émanciper ! MR

Sylvain Alzial et Hélène Rajcak, Panthera tigris, Rouergue, Arles, 2018, 26 p., CHF 23.30

Attirée par le graphisme singulier de ce livre, je me suis plongée dans sa lecture.
Un texte où se confrontent le savoir académique d’un vieux professeur et le bon sens d’un jeune chasseur lors d’une expédition qui a lieu dans « la jungle épaisse et inquiétante ».
Ce livre contient des planches détaillées d’objets, d’informations relatives à cette expédition.
Une histoire qui saura ravir aussi bien les yeux que le cœur des petits aventuriers et leurs parents. Dès 5 ans. LdV

Anne-Cécile Robert, La stratégie de l’émotion, LUX, Montréal, 2018, 176 p., CHF 19.60

Se basant sur une série d’exemples de l’actualité récente tirés des champs politique, médiatique et judiciaire, Anne-Cécile Robert, journaliste au Monde diplomatique, décrit l’emprise contemporaine de l’émotion, ses effets pernicieux et ses usages idéologiques. Armée d’un regard acéré et rigoureux, elle ose aller à contre-courant du
« dolorisme ambiant » porteur de conservatisme.
Si, en effet, l’expression des bons sentiments a l’air d’aller de soi lorsque, confronté par exemple à une profusion de faits divers, on est spectateur de souffrances et de violences atroces, cette émotion ne demeure-t-elle pas une façon de primairement percevoir largement insuffisante en démocratie ?
Ainsi, l’enfermement dans la gangue lacrymale rendrait les citoyens apeurés et impuissants en les privant des outils de la raison qui leur permettraient de prendre du recul et d’analyser. De replacer, donc, les faits dans leur contexte, d’appliquer le doute méthodique, de rechercher une forme d’objectivité et de refus du manichéisme pour réellement comprendre afin d’agir, collectivement, sur les causes structurelles des inégalités.
De par leur mission, les journalistes, plutôt que de coller aux émotions que suscite l’actualité, devraient ainsi offrir aux citoyens le recul leur permettant de comprendre les tenants et aboutissants des faits présentés (sans même parler de la question de savoir quels faits sont ou ne sont pas jugés bons d’être présentés...).
Dans un autre domaine, aussi bonne soit la conquête d’une prise en compte de la parole des victimes de crimes, la fonction sociale de la Justice n’est-elle pas dévoyée dans le sens d’une sévérité vengeresse lorsque, lors d’un procès, la victime « devient l’élément central du procès qui a pourtant pour fonction de juger l’accusé » ?
Autre question, liée au domaine politique : les dirigeants n’utilisent-ils pas souvent l’émotion pour théoriser leur impuissance, notamment face à la mondialisation ultra-libérale ? C’est en effet vers le fatalisme que mène, selon A.-C. Robert, cette dictature de la larme : « Le fatalisme est sans doute la véritable raison du recours aux larmes en politique. Pendant qu’on pleure, on ne fait rien, et c’est parce qu’on ne peut pas changer le monde qu’on pleure ; non parce qu’on regrette de ne pas pouvoir le changer, mais parce qu’il serait impossible de le changer. Du moins, c’est ce qu’ont décidé les responsables politiques à partir des années 1980. Ils ont renoncé à modifier la marche des choses et ont tenté de faire accepter aux populations cette conversion à une forme d’impuissance assumée et presque militante. » YB
Addenda : à peine cette note achevée, je suis tombé sur une analyse d’Antoine Léaument, responsable de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon, qui illustre ma foi fort bien le propos. Il élabore en effet une analyse de ce qu’il appelle « la deuxième peau du système », soit, en l’occurrence dans l’affaire des perquisitions politiques contre le mouvement La France insoumise, de la « couche médiatique » qui « vient enrober l’opération politico-judiciaire d’un récit global et cohérent tendant en permanence à la justifier [...] en répétant en boucle des éléments de langage qui passent d’une chaîne à l’autre, d’une radio à l’autre, d’un journal à l’autre et d’un site à l’autre dans une boucle ininterrompue qui s’auto-alimente en permanence ». Il poursuit :
« Dans la course au buzz effrénée qui caractérise désormais le monde médiatique, les images choisies sont toujours nécessairement celles qui vont apparaître comme « choquantes ». Un mot trop haut, une altercation, une scène tendue : tout ce qui hystérise le moment politique est bon à prendre pour les médias. Et particulièrement pour ceux qui en font leur spécialité, comme Quotidien, dont l’auto-qualification d’« infotainment » (composé de l’anglais « information », mot facile à traduire, et de « entertainment » qui signifie « divertissement ») dit assez bien le risque fondamental que fait peser ce mélange des genres sur la bonne information des citoyens. Ici, la critique des médias rejoint la critique globale du capitalisme que nous portons. Car c’est pour vendre de la publicité (c’est à dire pour faire du fric) que le buzz est recherché. Et c’est pour l’atteindre que la sphère médiatique en vient à réduire la complexité du monde à des moments-chocs, quand bien même ceux-ci n’en sont que la surface déformée par l’effet grossissant d’une loupe éditoriale. Le monde que présentent les médias modernes n’est pas le monde réel ; il est un monde incomplet, déformé, non-représentatif de la réalité. Car ce qui fait le buzz n’est pas le fond mais la forme, car ce qui fait vendre n’est pas ce qui devrait être vu mais ce qu’on choisit de nous montrer. » https://melenchon.fr/2018/10/27/perquisitions-auditions-boue-mediatique-... ne-nous-tue-pas-nous-rend-plus-forts/

Julien Baer, Simon Bailly, Le livre du livre du livre, Hélium, Paris, 2018, 56 p., CHF 26.20
Mais aussi Julien Baer, Petit, un cahier de poésie, Ecole des Loisirs, Paris, 2018, 40p. CHF 9.20

Un garçon est en vacances avec ses parents. Il s’ennuie sur la plage et part se promener, mais à son retour ses parents ne sont plus là ! Sur la plage il trouve un livre… qui raconte l’histoire d’un garçon, qui est en vacances avec ses parents. Il s’ennuie et part se promener, mais à son retour ses parents ne sont plus là ! Il trouve un livre, qui raconte l’histoire d’un garçon qui…
Et si vous ne connaissez pas encore l’esprit vif, intelligent, drôle, facétieux de l’excellent Julien Baer, venez découvrir ce bel album, illustré par Simon Bailly. Ou le livre de poésies (pour enfants et plus-enfants) Petit, illustré par la non moins excellente Camille de Cussac. Dès 4 ans. MP

Rennie Sparks, Plaies, L’arbre vengeur, Talence, 2018, 212 p., CHF 27.40

Rennie Sparks n’y va pas par quatre chemins dans l’introduction de ce recueil de nouvelles : l’écriture lui a permis d’exorciser ses démons et ses peurs. La chanteuse de The Handsome Family a grandi dans une famille aisée à Long Island, Etats-Unis, et rien n’a su apaiser ses angoisses de petite fille, si ce n’est les films d’horreur. Le cadre est posé.
En treize nouvelles, elle expose les quotidiens de femmes américaines, « où la monstruosité est banale et la banalité monstrueuse », dans un pays qui a perdu ses repères.
Son style se marie parfaitement aux histoires qu’elle raconte : désespérées et implacables et les moments de grâce des protagonistes n’en sont que plus prenants et plus beaux. MR

Gaya Wisniewski, Mon bison, MeMo, Nantes, 2018, 32 p., CHF 24.30

Une petite fille attend impatiemment l’hiver pour voir arriver son bison. Compagnon réel ou rêvé, il l’accompagne au fil des ans. Jusqu’au jour où elle ne le voit plus apparaître. Mais… il restera tout de même auprès d’elle, dans un ciel étoilé ou dans un champ de fleurs printanier. Voilà un magnifique et très poétique album, tout en noir et blanc, tout en subtilité. Dès 5 ans. MP

Fanny Pageaud, Musée des animaux amusants, Atelier du poisson soluble, Le Puy-en-Velay, 2018, 80p., CHF 34.00

Voici un documentaire sur les animaux que l’on aborde… par le museau ! Des nez de koala en gros plan (au fusain ou au crayon ??), des face d’ornithorynques, des trompes d’éléphants de mer, et des textes rigoureux mais en devinettes, un livre instructif, très drôle et original. Dès 5 ans. MP

Hwang Sok-yong, Au soleil couchant, Philippe Picquier, Arles, 2017, 168 p., CHF 25.50

Park Minwoo a passé son enfance dans une ville de province puis dans un quartier populaire de Séoul, lieu vivant où il découvre l’amour, mais aussi lieu brutal dont il veut s’extraire à tout prix.
Histoire d’un déclassement par le haut, ce roman à dimension sociologique et discrètement marxisant campe, au moyen d’un ton sobre et d’une construction savamment polyphonique, les personnages attachants qui ont compté pour Park Minwoo : Cha Soona, la vendeuse de nouilles qui tomba amoureuse du jeune homme qui lui apportait de la pâte de poisson frit ; Jaemyeong, cireur de chaussures habitué au combat de rue pour la défense du territoire de son groupe face à la concurrence ; à quelques décennies de distance, Jeong Uhee, jeune femme qui bosse de nuit pour pouvoir être metteuse en scène le jour. Devenu un architecte aisé, Park souffre cependant, dès lors qu’il reçoit un SMS venu en droite ligne de son passé, d’une certaine nostalgie.
À travers ses évocations rétrospectives, l’architecte nous parle en effet de l’entremêlement de la vie la plus intime et du social le plus structurel et pose la question : si, au jeu de la survie et de l’ambition les laissés pour compte perdent parfois la santé ou la vie, que gagnent les gagnants ? Ne sont-ce pas pour tous aussi bien l’amour et le sens d’une vie qui s’avèrent vulnérables aux contraintes impérieuses de la compétition sociale organisée (et maintenue par la corruption), dont Park Minwoo interroge le bien-fondé ? « Dans cent ans, en effet, quasiment tous ceux qui cohabitent aujourd’hui sur cette terre auront disparu. Le monde sera peuplé de têtes nouvelles. Les architectes, eux, ont une consolation : ils laissent des constructions derrière eux. Mais ce qu’ils laissent, ce peut n’être rien d’autre qu’une figure hideuse de la cupidité. » YB

Elisa Shua Dusapin, Les Billes du Pachinko, Zoé, Genève, 2018, 140 p., CHF 23.00

Claire va avoir trente ans et a grandi entre les cultures coréenne, japonaise et européenne. Elle part à Tokyo passer l’été chez ses grands-parents, coréens émigrés durant la guerre des deux Corées dans les années 50. Ils n’y sont par retournés depuis, et elle aimerait les y emmener, afin de découvrir son pays et leur offrir l’opportunité de le voir une dernière fois. Mais son grand-père est propriétaire d’un Pachinko, et il semble difficile à convaincre de le quitter, même pour quelques jours. En attendant de trouver le bon moment pour organiser leur voyage, Claire donne des cours de français à Mieko, une petite fille solitaire en manque de tendresse.
Elisa Shua Dusapin, dans un style au croisement des littératures suisse et asiatique, nous plonge dans les tourments familiaux, entre problèmes de communication, malentendus et non-dits, aux moments charnières de la vie de Claire.
L’écriture est dépouillée pour mieux mettre en lumière les difficultés non seulement entre deux générations mais également entre deux cultures. Le moment de grâce se fait attendre, mais c’est à vous arracher des larmes de soulagement, tant les relations entre les personnages sont tendues. Un beau roman sur la filiation et l’indéfectible tendresse, malgré les obstacles. MR

Tyto Alba, La Casa Azul, Vertige Graphic, Paris, 2018, 59 p., CHF 25.50

Tyto Alba nous emmène à Mexico, en 1989. Un voyageur se rend à la Casa Azul, maison-musée de Frida Khalo, et tombe sur une porte close. Pour se protéger de la pluie, il trouve refuge dans un bar et rencontre Chavela Vargas. Dans ce bar enfumé et au milieu des vapeurs d’alcool, elle raconte son amitié avec la grande peintre et son mari, Diego Rivera. Par petites anecdotes et sans se soucier de la chronologie, la chanteuse mexicaine dresse un portrait tendre de Frida Khalo et de son époque. C’est également l’occasion de croiser André Breton, Léon Trotsky et tant d’autres personnages qui ont traversé la vie de l’artiste.
Le trait fin et hachuré, Tyto Alba n’hésite pas à réinterpréter les œuvres de la peintre mexicaine. Le bédéiste offre une biographie originale avec un scénario sympathique et libre. MR

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn, Ecole des loisirs, Paris, 2018, 427 p., CHF 26.10

Louisiane, 1904. Julie, Eddie P’tit trois et Min sont amis. Ils commandent un jour un revolver dans un catalogue de vente par correspondance, mais c’est une montre cassée qui arrive. Ils décident d’aller ramener l’objet, traversant plusieurs états, paysages et villes (et chaque étape est très bien rendue) et chercher ce qui leur est dû. Commence alors un livre d’aventure rocambolesque, drôle, plein de rebondissements et de personnages secondaires hauts en couleur, qui fait des clins d’œil à Huck Finn et Tom Sawyer. Dès 11 ans. MP

Javier Cercas, Le monarque des ombres, Actes Sud, Arles, 2018, 313 p., CHF 34.90

C’est avec beaucoup de courage, d’humilité, et de maturité que l’auteur se confronte au passé franquiste de sa famille. Dès les premières pages, le lecteur entre dans le vif du sujet avec le personnage de cet oncle, Manuel Mena, jeune officier phalangiste, mort à 19 ans le 21 septembre 1938 au cours de la bataille de l’Hèbre.
La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques. L’auteur, né 24 ans après le décès de son oncle, va vivre l’avènement de cette démocratie.
Dans son esprit, les stigmates du passé familial sont présents, un passé qui le fait « rougir de honte ». Pour comprendre ce passé, il va affronter ce fantôme familial, et partira à la rencontre des survivants qui ont connu Manuel Mena, des lieux où il s’est rendu. Il mènera une véritable enquête sur un chemin parsemé d’inattendu.
Un livre intense, profond empreint de beaucoup d’humanité. LdV


David Hockney, Martin Gayfor et Rose Blake, Une histoire des images pour les enfants, Seuil, Paris, 128 p., CHF 31.50

Cet Histoire de l’Art pour les enfants n’est pas une chronologie. Elle est plutôt une histoire thématique (l’espace et la perspective, le trait, la lumière…), où les connaissances et points de vue de Hockney et Gayford s’entrecroisent et se complètent, ce qui rend cet ouvrage particulièrement intéressant et dynamique. Et, au vu de la qualité des deux intervenants, extrêmement passionnant. Dès 7 ans. MP

Jean Gourounas, La petite poule rousse, Atelier du poisson soluble, Le Puy-en-Velay, 2018, 48 p., CHF 25.50

Une réécriture du conte traditionnel de la petite poule rousse, par le drôlissime Jean Gourounas. Il y a dans ce livre tout ce qui fait son univers : un graphisme décalé, des jeux sur les sonorités des mots, qui transforment la lecture à haute voix de ses ouvrages en de grands moments d’absurdes et de rires. Dès 3 ans. MP

Benjamin Pelletier, Toujours plus à l’est, Philippe Picquier, Arles, 2018, 182 p., CHF 12.30

L’auteur est parti une année à Séoul, en Corée du Sud, enseigner le français. Il ne connaît rien du pays et de sa culture, hormis ce qu’on en perçoit depuis l’Europe. Par chapitre thématique et à travers de petites anecdotes, il rapporte des bribes de son séjour. Entre découvertes culinaires, linguistiques et culturelles, Benjamin Pelletier nous plonge dans ce pays regorgeant de mystères. Ce n’est pas là un récit de voyage mais plutôt un journal d’impressions. Sans jamais tomber dans le culturalisme ni dans les poncifs, il nous ouvre une petite porte par laquelle nous pouvons tenter, avec lui, de comprendre le pays du matin calme. Il nous donne faim, nous fait entrevoir des paysages apaisants et sereins, dans une écriture contemplative, empreinte d’une inépuisable curiosité, à l’image de la Corée. Préparez-vous, il se pourrait bien que ce petit livre fasse changer vos projets de vacances. MR

Nastasia Rugani, Milly Vodovic, MeMo, Nantes, 2018, 221 p., CHF 25.80

Milly Vodovic est une jeune fille d’origine bosniaque, vivant dans le sud des Etats-Unis. Elle aime Flannery O’Connor, les plantes, la nature, les animaux. Elle est brute, sauvage, entière, elle ne veut pas grandir et entrer dans le monde des adultes, ce monde de faux-semblants et de violence.
Il est impossible de résumer ce superbe roman, qui est plutôt un kaléidoscope qu’un récit linéaire, qui oscille entre le réel et le fantastique. Il faut y entrer, savourer son écriture, son univers sombre et onirique. Magnifique ! Dès 13 ans, mais aussi bien après ! MP


Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, Arles, 425 p., CHF 33.80

Une moyenne ville française dans les années 90. Les industries ont fermé, les parents boivent les yeux rivés à la télévision, leurs ados boivent, les yeux rivés sur le sexe opposé. Ils errent, ils fument, ils flirtent, ils parlent. Ils rêvent d’une vie différente de celle de leurs parents. Nous suivons Anthony l’adolescent, mais aussi ses parents, ses amis, et de nombreux autres personnages au fil de quatre chapitres et quatre années, 1992, 1994, 1996, 1998.
Sous la très belle plume de Nicolas Mathieu (déjà auteur de l’excellent Aux animaux la guerre, paru en Babel noir) chaque personnage prend corps, vit et vibre. Tout sonne juste, on voit avec précision chaque élément du paysage, on ressent la chaleur de ces étés adolescents, le désarroi et le tragique nous collent à la peau, mais on est emporté par la beauté de l’écriture, par la finesse du regard de l’auteur sur ses personnages et sur leur situation, sur la justesse de ses réflexions sociales et sociétales. Superbe et remarquablement intelligent. MP