Bulletin de l'été - La suggestion de Moins !

Off the Map. Tribulations de deux vagabondes anarchistes, Bambule, frs 15.30

D'Amsterdam à Barcelone, en passant par Toulouse et St. Brieuc, deux jeunes rebelles venues des Etats-Unis racontent leur itinérance estivale, passant de squats parfois lugubres en fermes plus souvent accueillantes. Présenté sous la forme d'un carnet de voyage, ce petit livre constitue une véritable ode à la découverte du monde en dehors des sentiers battus. Pour ces deux copines qui deviennent complices, voyager rime avec rencontres fortuites, ouverture à l'imprévu, avec son lot de galères qu'elles parviennent à déjouer dans de grands éclats de rire. Elles ne s'intéressent pas qu'aux lieux militants, elles rêvent aussi de plages ou de châteaux, qui sont, en été, souvent colonisés par le tourisme de masse. Cela gâche une bonne partie de leur plaisir.
Voyager, c'est aussi apprendre. Nous apprenons à dire oui à tout dans nos vies, à dire oui avec nos corps tout entiers, avec cette manière contagieuse de chanter avec nos tripes, nos têtes jetées en arrière, nos hanches dansant jusqu'au ciel: „oui! Oui! OUI!“ Je veux apprendre à chanter tout un choeur de „oui“ qui suivent les „non“: oui à construire nos propres choix, nos propres visions, et nos rêves, et nos idées, même si ça peut rater. Oui à nos amours et nos vies étranges et réappropriées.
Certaines pages prennent parfois la tournure d'un „usage du monde“ anarco-décroissant. La perte de la magie a beaucoup à voir avec la perte des images. Quand les panneaux publicitaires sont tout ce que nous voyons, ils deviennent nos contes de fées. On ne remarque plus le reste et on croit en ce qu'il raconte. Si on désire une autre histoire, il faut qu'on remplace les images d'argent et de perfection par d'autes images. Il faut se représenter des images nouvelles en lesquelles croire. Parfois, créer des images nouvelles signifie utiliser nos mains avec créativité, et vivre nos vies bruyamment hors des sentiers battus. Et parfois, ça veut dire simplement dire apprendre à vraiment voir le monde depuis notre propre perspective. Les nouvelles images que nous fabriquons ou que nous imaginons créent des espaces pour des personnages que personne n'a écrit auparavant, des visages que personne n'a saisis, des destins libres de toute certitude. Quand nous recréons nos images, nous nous recréons nous-mêmes. On laisse un peu moins de place à la perfection et un peu plus d'espace à la magie. Une décolonisation de l'imaginaire qui ne manquera pas d'enchanter les militandes anti-pub.

Rubrique Critiques: