Lutte-ô-Flon et Place des Grottes

Luttes-ô-Flon et Place des Grottes

Place des grottes - Phiippe Gfeller- Urs Zuppinger, Luttes-ô-Flon. Une reconversion urbaine lausannoise mouvementée de 1984 à 2012, Lausanne, Éditions d'En Bas, 2012, 271 pages.

- Philippe Gfeller, Place des Grottes, Lausanne, Éditions d'En Bas, 2012, 251 pages.

Deux villes, deux quartiers, un éditeur

 

Urs Zuppinger a rédigé et illustré un bel album rouge sang sur les Luttes-ô-Flon à Lausanne, à poser sur la table du salon ; Philippe Gfeller, un tout petit bouquin, couleur de chat siamois, sur les Grottes à Genève, à mettre dans sa poche et à transporter de squat en squat. Tous deux sont publiés par les Éditions d’en bas à Lausanne, au printemps 2012.

Les deux ouvrages peuvent-ils être mis en parallèle ? Urs Zuppinger relate par le menu une vingtaine d’années de manifestations, de négociations et de projets de l’APAHF (l'Association pour un aménagement harmonieux du Flon) pour s’opposer aux projets mégalomanes de la Municipalité de Lausanne et de la holding LO dans la vallée du Flon, qui en a fait un quartier de consommation effrénée, supprimant toute idée de logements ; selon l’auteur, toutefois, le pire ne s’est pas produit. Philippe Gfeller raconte tranquillement et plaisamment un siècle et demi d’architecture, d’urbanisme et de vie sociale aux Grottes, ainsi qu’en ville de Genève, faisant la part belle aux combats des habitants en faveur de la rénovation (qu’il oppose à la RENOVATION), racontant la vie du quartier, des beaux immeubles et des ateliers de la deuxième moitié du 19e siècle jusqu’à l’état actuel, juste avant les projets catastrophiques des CFF pour élargir la gare au prix de la destruction d’îlots exemplaires : le pire pourrait encore être à venir.

 

A Lausanne, les militants sont face à des promoteurs, sur un immense terrain privé (aujourd’hui truffé de caméras de surveillance et de noctambules) ; quelques immeubles anciens réhabilités y côtoient des bâtiments neufs de prestige servant à l’administration ou à l’enseignement. A Genève, les habitants, artisans et squatters ont été confrontés aux édiles qui tergiversent, pour enfin accepter une majorité de rénovations accolées au groupe emblématique des Schtroumpfs et à quelques réalisations coopératives audacieuses, mais à l’avenir incertain.

Les auteurs, tous deux architectes et urbanistes, ont choisi des illustrations parlantes, publié des plans successifs, réalistes ou utopiques (mais parfois bien petiots), des photos des acteurs ; au Flon, ce sont les méga-machines de chantier qui démolissent, aux Grottes les flics qui délogent les occupants. On s’y croirait.

Marianne Enckell