La Sécurité sociale - Colette Bec

La Sécurité sociale - Colette Bec

Colette Bec, La Sécurité sociale. Une institution de la démocratie

Paris, Gallimard, 2014, 328 pages.

La Sécurité sociale est née d'un consensus entre fractions politiquement diverses réunies en France au sein du Conseil national de la Résistance. C'est l'idée d'une institution devant concrétiser le rôle actif de l'État dans la construction d'une véritable solidarité nationale.

« Détachée de son ancrage originel et du socialisme comme programme, l'idée socialiste, ou le projet d'une organisation réfléchie de la société, imprègne fortement la pensée politique de l'époque. Elle paraît inéluctable et imprègne même la réflexion de ceux qui lui étaient fortement opposés et qui tout en le regrettant, sont obligés de reconnaître sa victoire. » (p. 94)

Ainsi conçue au départ comme devant remplacer les logiques assurantielle et assistantielle en un tout aux vertus proprement égalitaristes, la « Sécu » en viendra à être fractionnée et affadie. En effet le consensus, dans le contexte de la guerre froide et sous la pression d'acteurs intermédiaires soucieux de défendre leurs prérogatives, va se fissurer. Son ambition la plus poussée, celle de redistribution, sera battue en brèche. Mais c'est sous les coups de l'offensive néolibérale à partir de la fin des années 60 que la logique économique l'emportera sur la logique politique qui lui avait donné naissance.

Toutefois, l'auteure met également l'accent sur les ambiguïtés du projet originel : « Mais les dangers ne sont pas seulement dus au retour du néolibéralisme face à l'idée socialiste. Il est une contradiction interne à la gauche qui menace de pervertir ses options doctrinales. La productivité est érigée au rang de panacée. [...] [Elle] serait la solution universelle. Elle promet par une répartition équitable une amélioration du niveau de vie de la population sans spolier l'entrepreneur. Elle garantit la coexistence de deux intérêts jusque-là jugés violemment contradictoires. » (p. 163)

Avec la crise et la propagande anti-étatique qui, montant en force, accomplit la jonction idéologique entre droite et « nouvelle gauche », cette institution en vient à être de plus en plus perçue comme un frein à la croissance, voire comme une atteinte à la moralité de la population. Au profit d'un projet de société pourtant bien plus nocif. Cette nouvelle donne ne signifie cependant "en rien un retrait de l'État. Il s'agit plutôt d'une transformation profonde de son action. Appelé à stimuler et à contrôler la mise en oeuvre de la logique économiciste, de sa diffusion dans l'ensemble du fonctionnement social, il est par là même contraint d'en gérer les conséquences de décohésion sociale." (p. 252)

Comme l'écrit le politiste Alain Garrigou (http://blog.mondediplo.net/2013-06-10-Assommons-les-pauvres) : « Mis devant la responsabilité d'agir, ou de mourir, les voilà [les pauvres] enfin sommés, ces assistés, ces tricheurs, de s'en sortir par l'initiative et le courage ! Ainsi parlent les adversaires de la redistribution : chômeurs ? Créez votre entreprise. Chômeurs ? Travaillez. »

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