La liquidation - Laurent Cordonnier

La liquidation - Laurent Cordonnier

Laurent Cordonnier, La Liquidation

Éd. Les liens qui libèrent, 2014, 366 pages.

Roman d'anticipation aux couleurs chamarrées et synthétiques, aux paysages oscillant entre perspectives rutilantes et ruines de banlieue où courent les bambins en haillons, La Liquidation décrit un monde où les logiques de marché auraient été poussées à bout pour une oppression sans faille. On s'y croirait.

Smithski, journaliste sacrifié par l'Économie puis sommé par le Droit (lui-même modelé au service des banques) de se responsabiliser afin de rétablir sa situation financière, ne peut s'empêcher d'entretenir quelques doutes d'ordre psycho-anthropologique, bref de penser par lui-même, mais discrètement...

« L'injonction, parvenue distinctement à sa conscience, souleva une bouffée d'anxiété qui faillit l'anéantir. "S'occuper de lui" : la taille et la forme du fardeau annonçaient un chemin de croix. Et puis comment pouvait-on s'occuper de soi ? Il s'imagina en plongeur, parti fouiller au fond de son âme pour trouver son "soi". Cette idée le fit sourire un instant. En remontant à la surface, il entendit comme dans un rêve la voix de Rigobert Doom lui venir en aide...

"Le domaine des affaires est balisé par un environnement juridique et des lois économiques dont dépend une existence en règle, exempte de tracas qui finissent tôt ou tard par en sanctionner les écarts. Dans ces conditions, chacun peut se faire une idée simple et claire de ce que sont ses propres affaires."

Même avec l'aide de Doom, il restait une hypothèque de taille. Smithski se demandait si l'on pouvait vraiment s'intéresser à ses propres affaires. Bien qu'il sache que, en règle générale, l'appétit vient en mangeant, il doutait sérieusement que cette maxime s'appliquât en cette matière. On ne pouvait réussir qu'avec l'aide de la foi. Vouer sa vie à une telle cause requerrait de s'y consacrer sincèrement et entièrement, avec méthode, ténacité, exclusivité, et peut-être exagération. Il n'y avait pas de demi-mesure. Or, c'est ce dont il ne se sentait pas capable. Et pour quel grand dessein en fin de compte ? Il n'y en avait pas d'autre que celui de s'éviter des ennuis, des tas d'ennuis. Était-ce suffisant pour assurer une conversion ? Si Smithski était sûr de ne plus aimer les ennuis, il n'était pas du tout sûr qu'il aimerait consacrer sa vie à les éviter ou à les pourchasser. Il ne voyait pas pourquoi il se passionnerait soudain pour cette traque sans fin. Il n'était plus sûr d'aimer quoi que ce soit, d'ailleurs. Il avait peur d'être devenu réellement mélancolique. »

Mais l'Histoire ne s'arrête pas là...

Anxieux, déclassés, rebelles,... étudiants HEC en polo à col relevé, ce livre s'adresse à vous ! YB