Une tête bien vide - Gilbert Hernandez

Une tête bien vide - Gilbert Hernandez

Gilbert Hernandez, Une tête bien vide, Genève, Atrabile, 2015, 120 pages, frs 29.-.

 

La BD, au dessin clair et dépouillé, commence par le gros plan de la tête d'un enfant de profil qui semble nous regarder avec une certaine aigreur, ennuyé qu'il est par ses petits camarades qui moquent sa « grosse tête ».

Plus tard, on le retrouve collectionnant les disques de groupes rock, également arborés sur t-shirt par l'adolescent, qui prend un net tournant « sex, drugs and rock&roll ».

Il vit seul avec son père, qui semble toujours de bonne humeur et plutôt amical, quoiqu'un peu creux. Mais un jour, ce père « fait ses valises pour le Mexique », d'où il est originaire, et s'en va pour une année.

Le fils se trouve un job : « Toujours le même boulot, toujours les mêmes week-ends en solitaire », se dit-il en passant le balai. Son t-shirt change de logo à chaque nouveau groupe musical découvert.

Son père revient, puis repart… « Notre jeune » a finalement prit fait et cause pour le punk. Il s'y sent vivant, par contraste avec son boulot qui l'amenuise.

Chili, la jeune femme qu'il rencontre, rebelle sans peur… finit par l'effrayer, lui. Mais lui-même pète littéralement un plombage à père, qui lui a lâché qu'il avait une famille au Mexique dont il lui avait caché l'existence.

Finalement, tous les êtres du quartier, âgés désormais et même vieillissant au fil des cases, se croisent parfois de nuit dans une forêt, comme dans un songe où ils seraient à nouveau réunis.

Son père ne veut toujours pas lui dire les noms des membres de cette famille mexicaine dont il l'a privé en émigrant puis en se taisant si longtemps.

On se demande si le mot final : « J'ai eu une belle vie. Je ne me rappelle même plus pourquoi j'étais en colère », de celui dont on avait observé l'adolescence est le mot d'un être apaisé ou si le fait qu'il persécute son père avec le souvenir de sa famille inconnue signe au contraire son obsessif sentiment d'insignifiance et de solitude.

Pourquoi, peut-on se demander, n'a-t-il pas fait le voyage afin de retrouver lui-même cette famille qui lui manquait tant ?

L'apparente simplicité du récit semble prolonger Love & Rockets, belle BD des frères Hernandez retraçant la vie des gens d'un village sudaméricain, Palomar, dans un passé récent. YB