Élisée Reclus, "La Sicile et l’éruption de l’Etna en 1865"

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Élisée Reclus, La Sicile et l’éruption de l’Etna en 1865, Nous, 214 pages
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Géographe et penseur anarchiste, Élisée Reclus, a voyagé en Sicile au printemps 1865. L’Etna est en éruption. L’île, en pleine mutation politique et sociale depuis son annexion au Royaume d’Italie, suite au débarquement de Garibaldi cinq ans plus tôt. Dans ce texte, paru pour la première fois dans la revue Le Tour du Monde en 1866, le voyageur est aussi attentif, en bon précurseur de la géographie sociale, aux explosions du volcan qu’aux soubresauts de l’histoire.
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« Qu’il serait facile d’être heureux à Palerme ! s’écrie-t-on en voyant cette ville charmante. » Et pourtant « il en est bien peu (de cités) dans notre Europe qui semblent avoir plus de progrès à réaliser pour prendre part au grand mouvement de la civilisation contemporaine ». Reclus s’étonne de voir à quel point les femmes sont peu visibles dans l’espace public. Il n’est pas tendre avec l’ignorante oisiveté dans laquelle se tiennent les rentiers, occupés à tuer le temps dans les cercles le long de la Via Toledo sans lire ne fût-ce qu’une ligne de journal. Il constate l’emprise de la « maffia (sic), dont les membres s’engagent solidairement à vivre de tromperies, de fraudes et de vols de toute espèce. »
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À Palerme comme dans les autre villes qu’il visitera ensuite, Reclus est choqué par la misère et la crasse qui règnent dans les quartiers pauvres, par la quantité de mendiants. Mais tout empli qu’il est de foi positiviste, il est persuadé que le progrès en marche n’épargnera pas une population avilie par des siècles d’oppression. En voyageant de Palerme en direction de Messine, en tortillard d’abord, puis à pied ou à dos d’âne, il observe comment l’urbanisation s’est progressivement rapprochée de la côte. À mesure que la mer cessait de représenter une menace, les farouches citadelles érigées sur des falaises ou des pitons rocheux ont été abandonnées aux troupeaux de chèvres ou aux brigands dont les rangs ne cessent de grossir depuis l’introduction de la conscription obligatoire.
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De l’île de Vulcano Reclus rapporte une description terrible du décor minéral et fumant dans lequel un petit groupe d’ouvriers (en réalité des brigands calabrais condamnés aux travaux forcés) « accoutumés à vivre dans le feu comme les salamandres légendaires, vont recueillir les stalactites de soufre doré qui craquent encore dans la main par l’effet de la chaleur, et les fines aiguilles de l’acide borique, aussi blanches que le duvet de cygne. »
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Le morceau de choix du récit de l’auteur est l’ascension de l’Etna. Descriptions dantesques du cratère principal, des coulées de lave le long des pentes du volcan, et des concrétions de lave refroidie de la Vallée du Bœuf. Du cône noir qui domine les campagnes et les côtes entre Messine et Syracuse il fera le tour pour en dresser le portrait sous toutes les perspectives, non sans manquer d’éveiller la suspicion des gendarmes peu habitués à voir des étrangers se déplaçant seuls et à pied.
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On a beaucoup de plaisir à arpenter la Sicile du XIXe dans les pas d’un tel guide, doté qui plus est d’un style particulièrement élégant. Sa culture classique permet à l’auteur de peindre avec une même aisance les splendeurs de la chapelle palatine ou de la cathédrale de Monreale que les fiumare, ces lits de torrents asséchés typiques des zones méditerranéennes arides. Ou d’évoquer fort à propos, puisque nous sommes au cœur de la Magna Graecia, la présence d’Ulysse et des Nymphes.
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Critique parue dans Le Temps