Mathilde Larrère, Rage against the machisme

Cette année, l'histoire des mouvements féministes (surtout français) fait l'objet de nombreuses publications en France. En voici une.

Mathilde Larrère, Rage against the machisme , Éd. du Détour, Bordeaux, 2020, 223 p., CHF 30.10

Écrit de manière admirablement claire et vivante, chouettement illustré et agréablement saupoudré de citations, aussi bien de gluants ou secs paternalistes que - surtout - d'actrices du mouvement de libération des femmes, ce volume a en outre le mérite de contester le découpage du féminisme en trois "vagues".

En effet, comme l'explique l'autrice, historienne des révolutions du XIXe siècle en France, parler de trois vagues occulte les luttes diverses et importantes menées avant où entre celles-ci. De plus, cela tend à "associer une vague à une lutte - le droit de vote pour la première, l'IVG pour la seconde, et la bataille du corps pour la troisième. Une lecture qui, déjà, ne laisse pas de place aux combats féministes pour le travail, pour le droit au travail, pour les droits des travailleuses; lesquels s'inscrivent pleinement sur la longue durée et suivent un calendrier qui leur est propre. Donc une lecture qui évacue le prisme de la classe et de la lutte des classes, pourtant menée aussi au féminin, et parfois même contre le mouvement ouvrier. Les ouvrières ne sont pas les seules invisibilisées par cette lecture : les femmes racisées, les homosexuelles peinent aussi à trouver place dans le roman national féministe."

Si les moments de forts mouvements sociaux favorisent indéniablement les offensives féministes, la conquête des droits dans tous les domaines de la vie des femmes ne saurait attendre le "Grand Soir". Et ce bien que la Révolution russe, d'ailleurs provoquée un certain 8 mars par une manifestation de femmes, puis surtout sa radicalisation bolchevique d'Octobre, ait fait beaucoup pour les droits des femmes russes (lire à ce sujet Maite Mola, "La révolution d'Octobre et les droits des femmes", revue Lava, 2018).

Quoique le livre de Larrère soit une histoire "franco-française", comme les enjeux qu'il décrit et analyse se retrouvent partout ailleurs dans le monde, sa lecture est de toute façon recommandable. À noter l'attention portée aux enjeux liés à l'intersectionnalité et à la question (néo)coloniale, fort à propos ces temps-ci ! Pour finir, un coup de cœur spécial pour le "Manifeste des 343" datant du 5 avril 1971, reproduit en intégralité, texte magnifiquement furibard, à (re)lire en ces temps où le droit à l'avortement libre et gratuit demeure - où redevient - une bataille fondamentale. YB

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